5 décembre 2002

L'éveilleur d'esprits

Le philosophe Thomas De Koninck reçoit le Prix d'excellence en enseignement

"Un personnage remarquable." C'est en ces termes que Luc Langlois, doyen de la Faculté de philosophie, décrit son collègue Thomas De Koninck, lauréat cette année du Prix d'excellence en enseignement de l'Université Laval, une récompense institutionnelle dotée d'une bourse de 10 000 $. Selon lui, Thomas De Koninck est un être entièrement dévoué à l'exercice de son métier. À preuve le nombre impressionnant de mémoires et de thèses qu'il a dirigés. Il est aussi un enseignant qui aime et qui respecte profondément ses étudiants, comme en fait foi sa très grande disponibilité en dehors des cours. Son trait dominant reste cependant cette capacité d'éveiller l'esprit de ses étudiants et d'engager ces derniers dans une démarche de recherche autonome et libre. "Il donne le goût d'apprendre et de faire de la philosophie, explique Luc Langlois. Ses cours sont très fréquentés à cause de cela." L'étudiante au doctorat en philosophie Micheline Boucher abonde dans le même sens. "Monsieur De Koninck, en excellent maître, a compris que la méthode socratique, faite d'interrogations et d'écoute, était la voie royale de l'enseignement, souligne-t-elle. Indémodable parce que la démarche se dessine et s'articule selon le cheminement de l'étudiant lui-même."

Le défi de l'étincelle
Pour l'authentique pédagogue qu'est Thomas De Koninck, le premier défi de l'enseignant consiste à faire naître l'enthousiasme chez l'étudiant. Ce but peut être atteint en provoquant le besoin d'apprendre, en éveillant la passion de connaître et en suscitant la joie de la découverte. Il faut aussi faire en sorte que l'étudiant se mette en marche de lui-même. "Mais, ajoute le lauréat, allumer l'étincelle est un défi." Selon lui, il faut être soi-même enthousiaste si l'on veut susciter la même chose chez l'autre, car "la passion, ça se communique". Pour Thomas De Koninck, la salle de classe est un lieu où quelque chose prend corps. "La classe, précise-t-il, se met à exister, comme une personne. Et une forme de vie autre, celle de l'esprit, apparaît." Selon lui, une espèce de dialogue s'installe qui peut conduire loin. "Je considère que j'apprends beaucoup de mes étudiants, dit-il. Ce fut le cas toute ma vie."

Un auteur remarqué
Ancien boursier Rhodes, enseignant modèle et innovateur sur le plan de la pédagogie, éducateur rigoureux à l'esprit ouvert, grand lecteur doté d'une forte capacité de synthèse, Thomas De Koninck représente une source d'inspiration pour ses pairs. Il est également auteur, notamment de De la dignité humaine et de La nouvelle ignorance et le problème de la culture. En 1996, le premier essai lui méritait le Prix La Bruyère de l'Académie française. La même année, le gouvernement français élevait le professeur de Laval au rang d'officier de l'Ordre des palmes académiques "pour services rendus à la culture française". "Dans mon enseignement, indique-t-il, j'insiste beaucoup sur la pensée contemporaine et sur les problèmes qui se posent aujourd'hui. À notre époque, la culture est de plus en plus plurielle. Et l'on se cherche des valeurs communes. Pour moi, la dignité humaine est la valeur par excellence."

Selon Thomas De Koninck, la philosophie a pour mission d'éveiller les gens aux questions brûlantes comme celle du sens de la vie. Ces questions, les penseurs grecs de l'Antiquité les ont explorées à fond. Ce qui explique sans doute pourquoi ces derniers, en particulier Socrate, occupent une place de choix dans la vaste culture philosophique du lauréat. "Une fraîcheur, une lumière extraordinaire nous sont venues des Grecs, souligne-t-il. Socrate fut un maître dans l'art du dialogue et de l'écoute. Il incarne le philosophe et l'enseignant parce que c'est l'éveilleur par excellence."

YVON LAROSE