17 octobre 2002

Le bitume comme patrimoine?


La route occupe un kilomètre carré sur quatre dans la région métropolitaine de Québec

Rodolph Balej, étudiant à la maîtrise en aménagement du territoire et développement régional, recevra, début novembre, le Prix du mérite étudiant de l'Ordre des urbanistes du Québec. Cette récompense viendra souligner la qualité du pré-diagnostic qu'il posait récemment sur la région métropolitaine de Québec. Son angle d'attaque: l'impact des systèmes routiers sur le fonctionnement écologique des milieux environnants. Cette étude, sous forme de contrat de recherche, a été effectuée pour le compte du GRIMES de l'Université Laval (Groupe de recherche interdisciplinaire mobilité, environnement, sécurité). Grâce à cette recherche, on sait maintenant que la route occupe au bas mot un kilomètre carré sur quatre dans la région métropolitaine de Québec. Ce territoire couvre environ 3 220 kilomètres carrés. Se confirme également le fait que les enjeux environnementaux, amenés par les problèmes de bruit, de pollution atmosphérique, d'empiétement des milieux naturels, etc., se localisent aujourd'hui dans l'espace périurbain.

Une discipline en émergence
Recourant à la géomatique, Rodolph Balej a créé un système d'information géographique et produit, à l'aide d'images satellites, une cartographie de l'occupation du sol du territoire étudié. Le côté novateur de son étude est notamment qu'elle porte sur un territoire à la fois vaste et urbanisé.

Selon l'étudiant-chercheur, le bilan est encore plus préoccupant qu'il n'y paraît. D'une part, parce que la base de données qu'il a utilisée est incomplète. Produite en 1994 par le ministère des Transports du Québec, elle ne portait que sur le réseau routier primaire. Elle ignorait, de ce fait, de nombreuses routes secondaires, axes de communication et chemins. D'autre part, parce que les effets indirects des réseaux routiers sont bien plus dommageables que les impacts directs. "Plusieurs études, explique-t-il, insistent sur le fait que les nouveaux usages induits par la construction routière (urbanisation, chasse, activités récréotouristiques, etc.) vont exercer une très forte pression sur les écosystèmes. Ils vont participer au recul, voire à la disparition de certaines espèces fragiles, à la diminution des surfaces du milieu naturel et à l'augmentation de la dégradation des conditions biologiques."

Autre facteur aggravant: dans son scénario modéré, Rodolph Balej n'a attribué qu'un impact spatial de 250 mètres aux routes primaires. Or, une étude récente du chercheur Richard Forman, de l'Université Harvard, évalue à 365 mètres en milieu ouvert l'étendue de la zone soumise à l'influence des routes primaires lorsque le trafic moyen est de 10 000 véhicules par jour.

Trois décennies de construction routière
Québec figure parmi les villes canadiennes les mieux dotées en infrastructures autoroutières au prorata du nombre d'habitants. Pour Rodolph Balej, il était important de voir comment le phénomène avait évolué depuis le début des années 1960, lorsque commença la période des grands travaux autoroutiers. "Le réseau routier de la région métropolitaine s'est considérablement densifié entre 1960 et 1994, indique-t-il, passant d'environ 3 820 kilomètres à 5 400 kilomètres, ce qui représente une augmentation de 40 %." Selon lui, l'ampleur du phénomène doit susciter une réflexion quant à l'aménagement du territoire. "Il faut, dit-il, avoir une démarche planificatrice plus globale et réfléchir aux options les moins dommageables, compte tenu de la configuration spatiale du réseau routier." Le recours à des instruments d'aide à la décision et l'aménagement, par exemple, de passages à faune devraient figurer parmi les solutions à envisager.

YVON LAROSE