13 décembre 2001

Projet pilote de "stationnement vert"

La Ville de Québec va mettre à l'essai des bandes de végétation pour capter et filtrer les eaux de ruissellement

Existe-t-il des plantes capables de résister longtemps aux sels de déglaçage, aux huiles à moteur, à l'essence et aux autres polluants émis par les automobiles? Jacques-André Rioux s'est engagé à trouver une réponse à cette question d'ici peu. En effet, ce professeur du Département de phytologie agit comme botaniste-expert auprès de la Ville de Québec pour le projet-pilote de "stationnement vert" qui sera mis en chantier le printemps prochain.

Ce laboratoire sans mur servira à évaluer l'efficacité de bandes de végétation - nommées poétiquement "jardin de pluie" par les responsables du projet - pour capter, retenir et filtrer les eaux de ruissellement d'un stationnement. Présentement, après une pluie abondante, l'eau collectée par les égouts excède la capacité de traitement des usines d'épuration, de sorte que les surplus se retrouvent dans les rivières et le fleuve, sans traitement préalable. Cette masse d'eau polluée contribue à l'érosion, aux inondations et à la contamination du milieu aquatique, souligne Jacques Grantham du Service de l'environnement de la Ville de Québec. "En milieu urbain densément occupé, il est pratiquement impossible d'utiliser de grandes surfaces à des fins d'aménagement de bassins de rétention des eaux de ruissellement", poursuit-il.

Le projet de "jardin de pluie", doté d'un budget de 200 000 $ provenant à parts égales du gouvernement fédéral et de la Ville de Québec, permettra le réaménagement d'un stationnement dont la pente dirigera les eaux de ruissellement non pas vers l'égout pluvial, mais vers des parcelles densément peuplées de végétaux. "Les eaux ainsi captées seront partiellement retenues par la masse de terre végétale, explique Jacques Grantham. Par la suite, elles seront filtrées et utilisées par les plantes. Les surplus d'eau seront retournés au réseau pluvial par l'intermédiaire d'un système de drainage, en tenant compte des risques d'inondations locales."

Les plantes choisies pour aller au front devront donc être très tolérantes aux sels, aux polluants et aux inondations périodiques, signale Jacques-André Rioux. "Nous n'avons pas encore déterminé quelles plantes seront mises à l'essai, mais il pourrait s'agir d'herbacées, d'arbustes ou même d'arbres. Je ne crois pas qu'il y aura une espèce-miracle qui pourra faire tout le travail. Il est plus probable que nous faisions appel à une communauté de plantes." Il se peut également que des bactéries capables de biodégrader les hydrocarbures soient intégrées au jardin de pluie, ce qui augmenterait les chances de survie des plantes. "En plus, l'aménagement ne doit pas nuire aux opérations de déneigement, ajoute le chercheur. Il y a donc beaucoup d'éléments à prendre en considération."

Jacques-André Rioux se montre tout de même confiant de trouver le bon assemblage d'espèces pour ce jardin de pluie et d'en démontrer l'efficacité d'ici deux ou trois ans. Au-delà des considérations écologiques, le chercheur estime aussi que la dimension esthétique du projet n'échappera pas au citadin moyen. En effet, la présence de quelques oasis de verdure dans des déserts de bitume ne diminuera certes pas la qualité de l'environnement en milieu urbain.

JEAN HAMANN