13 décembre 2001

Des oiseaux dans la tourmente

Plusieurs espèces ont perdu des plumes lors de la tempête de verglas de janvier 1998

Il n'y a pas que les résidants du sud du Québec qui ont subi les affres de la tempête de verglas de janvier 1998. En effet, certaines espèces d'oiseaux en ont pris plein le bec à la suite des cinq jours de pluie verglaçante ininterrompue qu'avait alors essuyés le Québec méridional. C'est ce que démontrent l'étudiant-chercheur Jonatan Blais, du Département de biologie, et deux chercheurs du Service canadien de la faune, Jean-Pierre Savard et Jean Gauthier, dans le dernier numéro de la revue The Forestry Chronicle.

Les trois chercheurs ont comparé les populations d'oiseaux qui prévalaient quelques jours avant le début du verglas à celles observées un an plus tard, dans 16 localités situées dans l'oeil de la tempête (Sud du Québec, Est de l'Ontario et Nord de l'État de New York). Pour réaliser cette étude, ils ont tiré profit d'une activité traditionnelle du monde de l'ornithologie, le dénombrement des oiseaux de Noël. Depuis plus de 100 ans, au Canada et aux États-Unis, des ornithologues amateurs effectuent, dans les deux semaines qui précèdent ou qui suivent Noël, l'inventaire des oiseaux de leur région. Connue sous le nom anglais de Christmas Bird Count, cette activité est effectuée par des milliers de bénévoles qui parcourent des secteurs 12 km de rayon. Les participants, supervisés par des ornithologues chevronnés, notent le nombre d'oiseaux de chaque espèce qu'ils observent pendant une journée entière.

Grâce à ces inventaires, Jonatan Blais et ses collègues ont pu mesurer l'impact de la tempête de verglas sur l'abondance de 11 espèces d'oiseaux. Ils ont ainsi observé une diminution significative chez six d'entre elles: le geai bleu (-43 %), le grimpereau brun (-37 %), le pic chevelu (-35 %), le pic mineur (-19 %), la mésange à tête noire (-18 %), et même le moineau domestique (-14 %). Seul l'opportuniste étourneau sansonnet a tiré profit de la situation pour accroître ses effectifs de 33 %. Les chercheurs ont répété le même exercice comparatif pour 15 sites épargnés par la tempête et ils n'ont détecté aucun changement dans l'abondance de ces mêmes espèces.

Aliments surgelés
Les tempêtes de verglas sont très éprouvantes pour les oiseaux, signale Jonatan Blais. En plus de mouiller leur plumage, le rendant ainsi moins efficace pour la thermorégulation, le verglas recouvre une bonne partie de leurs sources de nourriture. Dans de bonnes conditions, les espèces étudiées peuvent jeûner entre 1 jour (grimpereau brun) et 8 jours (pigeon). À des températures avoisinant 0 degré Celsius, les plus endurants meurent en moins de quatre jours. "La pluie verglaçante est tombée presque continuellement entre le 5 et le 10 janvier et la glace a persisté pendant près de deux semaines, ajoute l'étudiant-chercheur. Même les mangeoires en étaient couvertes. Les conditions climatiques réunies pendant et après la tempête pouvaient donc occasionner beaucoup de mortalité aux populations d'oiseaux."

Entre la tempête de janvier et l'inventaire suivant, il y a eu une saison de reproduction, note Jonatan Blais. "On peut supposer que, immédiatement après la tempête, les baisses d'effectifs devaient être encore plus importantes que celles que nous avons mesurées un an plus tard", analyse-t-il. La répétition de telles tempêtes, prévue advenant un réchauffement climatique, pourrait donc avoir des répercussions marquantes sur les populations d'oiseaux. "Si les tempêtes de verglas surviennent trop fréquemment, on pourrait même assister à la disparition de certaines espèces d'oiseaux dans plusieurs régions du Québec", prédit-il.

JEAN HAMANN