13 décembre 2001

Le troupeau de la rivière George en déclin


Grâce à une technique de fin limier, des chercheurs du Centre d'études nordiques suivent les fluctuations de population de caribou sans les dénombrer!

Les effectifs du troupeau de caribou de la rivière George seraient en déclin rapide depuis le début des années 1990. C'est ce qu'ont découvert deux chercheurs en étudiant l'abondance relative des traces laissées par le passage de ces cervidés dans les maigres forêts de la vaste péninsule du Québec-Labrador. Stéphane Boudreau et Serge Payette, du Département de biologie et du Centre d'études nordiques (CEN), ont livré les détails de cette étude lors du 22e Colloque annuel du CEN, qui se déroulait les 10 et 11 décembre au pavillon Desjardins.

Les deux chercheurs ont estimé les fluctuations de population du troupeau de la rivière George depuis 1975, en utilisant la méthode de cicatrices de piétinement mise au point par Claude Morneau et Serge Payette. Cette méthode consiste à dénombrer les cicatrices de sabots laissées par les caribous sur les racines superficielles et les branches rampantes des épinettes. Les blessures ainsi infligées aux arbres provoquent des cicatrices facilement repérables dans une coupe transversale de branche ou de racine. Grâce aux anneaux de croissance, les chercheurs peuvent "remonter le temps" et dater l'année où chacune des cicatrices a été formée. En étudiant les fluctuations des cicatrices dans le temps, ils dressent un portrait assez fidèle de l'activité des caribous, et conséquemment, des changements relatifs dans le nombre de bêtes qui composaient le troupeau à un moment donné dans le temps.

Selon les analyses effectuées par Stéphane Boudreau et Serge Payette, le troupeau de la rivière George aurait connu une croissance continue entre 1975 et 1989, avant d'entrer en déclin rapide à partir de 1990. "Une autre explication serait que les caribous ont changé de route migratoire, abaissant d'autant le piétinement des arbustes dans les sites inventoriés, avance Stéphane Boudreau. Cependant, le suivi télémétrique de caribous, effectué entre 1991 et 1999, indique plutôt une tendance à la hausse dans l'utilisation de ces sites."

Les caribous à la trace
Le troupeau de la rivière George comptait moins de 10 000 bêtes jusqu'en 1960, mais il a connu une explosion spectaculaire qui l'a amené à près de 800 000 têtes en 1993. Depuis quelques années, les biologistes anticipent un crash à cause de certains indices annonciateurs: baisse du taux de reproduction, réduction des réserves de graisses des femelles et taux de croissance des jeunes plus faible que dans l'autre grand troupeau du Nord québécois. Cependant, les inventaires aériens ne confirmaient pas ce déclin.

Les inventaires de troupeaux de caribou posent certains problèmes en raison de l'amplitude des déplacements effectués, au gré des saisons, par ces bêtes grégaires, souligne Stéphane Boudreau. "La marge d'erreur des inventaires est d'environ 30 %, de sorte qu'il est difficile de détecter des tendances, ajoute-t-il. La méthode des cicatrices de piétinement donne une meilleure indication de ce qui se passe réellement sur le terrain. Par contre, elle ne permet pas de chiffrer les effectifs et il serait hasardeux d'interpréter la baisse de 30 % des cicatrices entre 1993 et 1998, comme une baisse équivalente du troupeau. C'est pourquoi nous proposons d'utiliser les deux méthodes de façon complémentaire."

L'étude de Stéphane Boudreau et Serge Payette confirme la validité de la méthode des cicatrices de piétinement dans le suivi, à court terme, des populations de caribou. En plus d'utiliser cette méthode pour suivre les hauts et les bas des troupeaux, les biologistes pourraient donc en tirer parti pour déterminer l'impact de la construction de barrages hydroélectriques, de grands feux de forêts ou des vols militaires à basse altitude sur la fréquentation de certaines régions nordiques par les caribous.

JEAN HAMANN