29 novembre 2001

Mirages du court terme

Méfiez-vous des émissions initiales d'actions des petites sociétés de secteurs à risque

Si vous investissez dans le marché boursier canadien, vous avez tout intérêt à vous tenir loin des actions émises pour la première fois par de petites sociétés de secteurs à risque comme le pétrole, le gaz, les mines, la technologie et l'immobilier, et ce d'autant plus si l'émission est de petite taille et que celle-ci a lieu durant une période de forte activité du secteur en question. Pourquoi? Parce que les actions présentant ces caractéristiques performent à court terme, mais contre-performent inévitablement à moyen et long terme.

Ce phénomène énigmatique, bien connu des chercheurs, est au coeur de la thèse de doctorat en sciences de l'administration présentée par Maher Kooli, chercheur postdoctoral au Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations. Intitulée Les émissions initiales d'actions au Canada: sous-évaluation et performance à long terme, cette thèse avait, comme échantillon d'étude, près de 1 000 émissions initiales d'actions, effectuées entre 1991 et 1998 aux Bourses de Montréal, Toronto, Calgary et Vancouver.

"Ce qu'on observe, indique Maher Kooli, est que les émissions initiales sont, en moyenne, introduites sur le marché à un prix sensiblement inférieur à celui qu'établira le marché secondaire peu après l'émission. Cette sous-évaluation initiale est un coût indirect pour l'entreprise émettrice puisqu'elle représente un transfert de richesse des actionnaires existants en faveur des nouveaux investisseurs. Elle est également, en moyenne, énorme durant la première semaine. Elle est de l'ordre de près de 33 % pour les émissions dont la valeur varie entre un et cinq millions de dollars. Par la suite, la performance à moyen et long terme est automatiquement décevante. Après trois ans, l'action de ces émissions offre un rendement annuel négatif de - 15 %. Après cinq ans, c'est - 39 %."

Un facteur important: la psychologie de l'investisseur
Ceux et celles qui se tournent vers les émissions initiales d'actions savent qu'ils essuieront des pertes à moyen et long terme. Pourquoi, alors, achètent-ils? Maher Kooli explique ce comportement apparemment irrationnel en grande partie par l'engouement. "L'investisseur achète un titre en pensant qu'il s'agit du prochain Microsoft, dit-il. Mais au fur et à mesure que l'information va arriver sur le marché, il va découvrir qu'il s'est trompé. Il va finir par vendre, ce qui fera baisser le prix de l'action."

Maher Kooli a également constaté que la participation aux émissions initiales d'actions canadiennes, de petite taille, n'attire pas les courtiers prestigieux, soucieux de préserver l'image de marque de leur firme de courtage. Quant aux secteurs autres que ceux mentionnés, ils performent à long terme. C'est notamment le cas des services financiers, un secteur caractérisé par une sous-évaluation initiale très faible. Au Canada, les émissions initiales d'actions ont lieu aux alentours des sommets boursiers atteints par le secteur concerné et ce, afin de maximiser le produit de l'émission.

S'inscrire pour une première fois en Bourse procure maints avantages. Mais c'est une opération coûteuse pour une petite entreprise. Le chercheur post-doctoral suggère plutôt aux petits entrepreneurs le programme Junior Capital Pool de la Bourse de l'Ouest qui permet à une petite entreprise d'entrer sur le marché boursier, mais avec une émission transitoire. Il y a aussi les prises de contrôle inversées portant sur des sociétés déjà inscrites en Bourse, mais en faillite. Cependant, comme le souligne Maher Kooli, les "coquilles vides" de ce genre sont rares. Quant à l'investisseur, il lui recommande la plus grande prudence avec les émissions initiales d'actions.

YVON LAROSE