29 novembre 2001

2,2 millions $ pour la recherche sur l'insomnie

L'équipe dirigée par le psychologue Charles Morin reçoit des fonds américains et canadiens pour ses travaux sur ce problème entraînant des coûts sociaux croissants

Plus de 1 milliard de dollars. Voilà ce que les Américains paient annuellement pour s'endormir: 400 millions pour des médicaments prescrits, 90 millions pour des médicaments en vente libre et 600 millions pour de l'alcool consommé dans le but d'induire le sommeil. À cette somme s'ajoutent les frais de consultation de divers spécialistes: près de 500 millions du côté des médecins, 70 millions pour des psychologues, 40 millions pour des travailleurs sociaux et 10 millions pour des spécialistes du sommeil. "Le non-traitement de l'insomnie coûte probablement tout autant, en raison notamment de l'absentéisme et de la perte de productivité qui en résultent", estime Charles Morin, professeur à l'École de psychologie et spécialiste du traitement de l'insomnie.

Ces chiffres décrivent bien l'ampleur du problème et l'urgence de trouver des solutions pour que l'Amérique recouvre le sommeil du juste. Les National Institutes of Health des États-Unis viennent de poser un geste en ce sens en accordant une subvention de 1,8 million de dollars (1,1 million US) à un groupe de chercheurs de l'Université, dirigé par Charles Morin. Le Canada, lui aussi frappé par ce mal moderne, accorde 433 000 $ à la même équipe, par le biais des Instituts de recherche en santé du Canada. Ces sommes serviront à financer un programme d'études de cinq ans portant sur les causes de l'insomnie ainsi que sur les traitements pharmacologique et comportemental des troubles du sommeil.

Pour mener à bien ce programme, Charles Morin s'est associé à des spécialistes de trois disciplines: Josée Savard et Célyne Bastien (Psychologie), Chantal Mérette et Lucie Baillargeon (Médecine) et Jean-Pierre Grégoire (Pharmacie). Un chercheur de l'Université de Glasgow, Colin Espie, collaborera également aux travaux.

Broyer du noir
L'insomnie est un problème de santé sous-traité, constate Charles Morin, même si elle a des répercussions importantes sur la santé physique et mentale ainsi que sur les rapports sociaux des individus qui en souffrent. L'insomnie chronique frappe entre 9 % et 15 % de la population alors que 15 % à 20 % des gens éprouvent à l'occasion des difficultés à trouver le sommeil. Pourtant, moins de 15 % des insomniaques chroniques ont déjà été traités et à peine 5 % des personnes souffrant de problèmes de sommeil ont déjà consulté un médecin spécifiquement à ce sujet. "La majorité des insomniaques préfèrent se soigner eux-mêmes alors qu'il serait important qu'ils aillent rapidement chercher de l'aide, soutient le chercheur. Nous voulons déterminer les raisons qui font que la majorité des insomniaques ne consultent pas et aussi cerner les facteurs qui poussent éventuellement certains d'entre eux à voir un spécialiste."

Les études réalisées jusqu'à présent par le groupe de Charles Morin montrent que les somnifères ont leur place dans le traitement à court terme de l'insomnie, mais que leurs effets bénéfiques s'estompent avec le temps, en raison des problèmes de tolérance et de dépendance qu'ils créent. "À plus long terme, l'approche comportementale semble plus efficace pour modifier de façon durable les habitudes de sommeil, souligne le chercheur. Nous voulons cependant vérifier comment les deux approches peuvent être combinées afin d'établir la meilleure stratégie de traitement à long terme."

Le traitement comportemental consiste à corriger certaines croyances qui contribuent à amplifier les problèmes d'insomnie (par exemple, qu'il faut dormir huit heures chaque nuit). Il vise aussi à corriger certaines habitudes qui dressent le couvert aux nuits blanches, notamment se mettre au lit uniquement lorsqu'on se sent fatigué, utiliser le lit seulement pour dormir (à proscrire lecture, télé, bouffe, réflexion sur fond de plafond; seule exception autorisée: faire l'amour!), quitter la chambre si le sommeil ne vient pas après 15 à 20 minutes, et se lever à la même heure chaque matin peu importe le nombre d'heures dormies la nuit précédente.

Ces recherches nécessiteront la participation de plusieurs centaines d'insomniaques et même de bons dormeurs! Les personnes intéressées à prendre part à ces études peuvent communiquer avec le Centre d'études des troubles du sommeil au 656-2131, poste 6978.

JEAN HAMANN