29 novembre 2001

EAU SECOURS!


Au Québec, 63 % des petits systèmes municipaux de distribution d'eau ont connu au moins un épisode de contamination aux coliformes chaque année entre 1997 et 1999. C'est ce que démontre une étude qu'une équipe multidisciplinaire du Centre de recherche en aménagement et développement (CRAD) a présentée le 9 novembre, sur le campus, à l'occasion du 17e Symposium de l'Est du Canada sur la recherche portant sur la pollution de l'eau.

Housseini Coulibaly, Manuel Rodriguez (Aménagement), Mélanie Verreault (Biochimie et microbiologie) et Jean Sérodes (Génie civil) ont analysé les données sur la qualité de l'eau que 247 municipalités de 200 à 10 000 habitants ont fournies au ministère de l'Environnement du Québec entre 1997 et 1999. Ils ont ainsi découvert que près de 5 % de tous les échantillons prélevés dépassent la norme touchant la concentration de coliformes. Dans les municipalités de 200 à 1 000 personnes, près de 13 % des échantillons prélevés pendant l'été excèdent cette norme.

Malgré tout, l'eau des petites municipalités est de relativement bonne qualité, soutient Housseini Coulibaly. "Certains tests positifs de coliformes constituent des cas isolés. Dans l'ensemble, nous estimons que 30 % des petits réseaux municipaux sont problématiques (un ou plusieurs épisodes de coliformes pendant deux des trois années étudiées). Ces réseaux desservent environ 15 % de la population québécoise."


Des chercheurs du CRAD proposent une stratégie qui assurerait une eau de bonne qualité dans les petites municipalités


Stratégie intégrée
Afin d'identifier la cause des problèmes qui surviennent dans ces réseaux, les chercheurs ont comparé plus à fond cinq systèmes problématiques et cinq systèmes conformes aux normes. Les caractéristiques des deux types de réseaux choisis étaient en tous points conformes, notamment au chapitre du traitement qui consistait en une chloration simple de l'eau.

"Les caractéristiques de l'eau brute sont très semblables dans les deux catégories de systèmes, affirme Housseini Coulibaly. Les problèmes relèvent donc de la façon dont le réseau est géré." Dans la plupart des cas, explique-t-il, la présence des coliformes tient au fait que les gestionnaires n'ajoutent pas suffisamment de chlore dans l'eau. "Une fraction des microorganismes survivent à la chloration et comme il n'y a pas suffisamment de chlore résiduel dans l'eau, il y a recroissance bactérienne plus loin dans le réseau."

La solution ne réside pas dans l'ajout massif de chlore, prévient le chercheur, puisque les sous-produits de la désinfection au chlore sont soupçonnés de causer des cancers. D'ailleurs, les nouvelles normes en matière de qualité de l'eau au Québec placent les petites municipalités devant un dilemme: si elles ajoutent suffisamment de chlore pour respecter les normes microbiologiques, elles risquent d'enfreindre celle des sous-produits de désinfection. "Il faut trouver un juste équilibre et certains petits systèmes y parviennent, même en n'effectuant qu'une simple chloration", souligne Housseini Coulibaly.

La solution réside dans une stratégie de gestion intégrée du système, poursuit-il. En plus de la chloration de l'eau, la stratégie doit viser à éviter la prolifération des bactéries après le traitement. Il faut notamment reconfigurer les sections du réseau où l'eau demeure stagnante, remplacer les anciens tuyaux de fonte sur lesquels s'accrochent les bactéries et effectuer chaque année deux rinçages du réseau. "Ces mesures exigent des investissements, mais même les petites municipalités ont les moyens de les mettre en pratique, estime le chercheur. Chose certaine, elles évitent les coûts très élevés reliés à l'acquisition d'un système complet de traitement de l'eau tout en assurant une eau de bonne qualité aux citoyens."

JEAN HAMANN