29 novembre 2001

Le choc des méthodes

Un stage humanitaire enrichissant au Cameroun pour trois finissants en physiothérapie

Sonia Beaudry, Pascale Brouillette et Michael Carbery, trois finissants au baccalauréat en physiothérapie, occuperont la scène de l'amphithéâtre Hydro-Québec du pavillon Alphonse-Desjardins, le jeudi 6 décembre à compter de 19 h. Tous trois parleront du stage humanitaire qu'ils ont effectué au Centre national de réhabilitation des handicapés de Yaoundé, au Cameroun en Afrique noire, entre le 22 juin et le 28 août derniers. L'objectif des stagiaires était d'abord d'observer la façon d'exercer la physiothérapie dans un pays très différent du nôtre et, si possible, de faire connaître, c'est-à-dire d'implanter avec les moyens disponibles sur place, certains éléments de la physiothérapie qui se pratique au Québec.

Les kinésithérapeutes de l'établissement camerounais confectionnent des plâtres en plus de faire des injections et de la réadaptation. Leur approche de base consiste à appliquer de la chaleur, ensuite à masser le patient. "Nous avons dû nous plier beaucoup à leur façon de faire, mais nous avons refusé de faire des injections pour des raisons d'hygiène, souligne Pascale Brouillette. De plus, dans notre formation, nous ne faisons jamais de massages. La chaleur, nous l'utilisons seulement lorsque c'est nécessaire. Pour nous, la chaleur ne sert à rien dans le cas d'un hémiplégique, une personne dont un côté du corps ne répond plus. Pour eux, c'est essentiel."

Sonia Beaudry abonde dans le même sens. Elle s'estime privilégiée, comme Québécoise, d'avoir accès aux plus récentes études permettant de traiter les patients plus adéquatement. "Les patients à qui nous avons fait comprendre l'utilité des exercices travaillaient très fort, dit-elle. Certains se sont améliorés beaucoup plus vite. Ce n'est pas en se faisant masser qu'on va marcher de nouveau."

Le Centre accueille notamment les traumatisés de la moelle épinière, soit des accidentés de la route ou du travail devenus paraplégiques, hémiplégiques ou quadraplégiques. On y trouve aussi des enfants atteints de rachitisme. Comme ils ne boivent pas suffisamment de lait, leurs genoux crochissent en grandissant. "0n plâtrait ces enfants, précise Sonia Beaudry. On cassait les plâtres à chaque semaine pour essayer de redresser les jambes. Après, on les plaçait en attelles. Cette méthode, développée là-bas pour le matériel disponible, était excellente."

Des journées bien remplies
Chaque jour, les stagiaires de Laval confectionnaient environ trois plâtres et traitaient une demi-douzaine de patients. Ensuite, ils pouvaient se consacrer aux patients "permanents" de l'établissement, c'est-à-dire aux quelque 60 personnes hébergées par le Centre pour des motifs humanitaires et qui ne sont pas traitées parce qu'elles n'ont plus d'argent. Précisons qu'au Cameroun, une personne handicapée est considérée comme un indigent, donc sans utilité sociale.

"Nous logions au Centre comme eux et nous avons créé des liens - les plus beaux de notre voyage - avec eux", indique Sonia Beaudry. Les adultes étaient âgés entre 20 et 40 ans. Le groupe comptait également cinq enfants. "Nous allions les embrasser tous les soirs, indique Pascale Brouillette. On leur faisait des dessins et on leur chantait des chansons. Ils étaient comme nos enfants." Les stagiaires se disent particulièrement fières de deux de ces patients qui, à leur arrivée, se déplaçaient en chaise roulante. "Il leur manquait juste une petite dose de prise en charge qu'ils ne pouvaient pas se payer, rappelle Sonia Beaudry. À notre départ, ils avaient quitté le Centre, l'un en marchant et l'autre avec une béquille."

YVON LAROSE