8 novembre 2001

De roc et de pierre

Un site Web propose une visite "géologique " passionnante des monuments et bâtiments du Vieux-Québec

Le site Web du Département de géologie et de génie géologique héberge depuis peu un document de sensibilisation à l'histoire et aux sciences intitulé À la découverte des pierres de construction et d'ornementation du Vieux-Québec: un circuit pédestre (www.ggl.ulaval.ca/ledoux/accueil.html). Divisé en trois parties, ce circuit pédestre virtuel propose 63 arrêts devant autant de bâtiments patrimoniaux et monuments commémoratifs. En plus des arrêts, le document comprend une section sur les principales pierres de construction utilisées: roches carbonatées, grès, granits, ardoises et marbres. Une autre section aborde le phénomène de l'altération qui permet de voir, d'une pierre à l'autre et sur de très longues périodes, les différences de résistance aux outrages du temps et du climat. Un glossaire des termes d'architecture et de géologie employés dans les textes complète la présentation.

Une quarantaine de variétés de pierres de taille ont été utilisées par les bâtisseurs dans le Vieux-Québec depuis le Régime français. Ces pierres ont été tirées de carrières québécoises, canadiennes et américaines. "Québec est une ville construite en dur, souligne le professeur à la retraite Robert Ledoux, coauteur du document. Il y a peu de bois, de la brique et beaucoup de pierre."

Des photos, des cartes et des textes
Le document comprend plus de 90 photos en noir et blanc. On y trouve également trois cartes de localisation des arrêts. Chacun des arrêts est identifié par un chiffre. Par exemple, la tour Martello numéro deux, à l'angle des avenues Taché et Laurier, un bâtiment terminé en 1811, a le numéro 4. Cliquer sur ce chiffre donne accès à une page d'information comprenant une petite photo (agrandie si l'on clique dessus), des données historiques et une description des caractéristiques des pierres utilisées, ainsi qu'une description des phénomènes d'altération qui affectent ces dernières. On peut ainsi lire que la tour Martello numéro deux est construite en grès de Sillery vert très riche en quartz, un matériau très utilisé à Québec au 19e siècle. Une patine brune jaunâtre recouvre les pierres de la tour, lesquelles ont tendance à s'éroder.

Les origines du circuit pédestre virtuel remontent à 1998. En prévision d'un congrès de géologues, Robert Ledoux propose puis reçoit le mandat d'organiser une excursion sur la pierre de taille dans le Vieux-Québec. "Je suis allé aux Archives de la Ville de Québec, raconte-t-il. J'ai obtenu énormément d'information sur l'histoire des 45 bâtiments et monuments sélectionnés. J'ai aussi fouillé dans les greffes des notaires et les fonds des architectes. J'ai également passé beaucoup de temps aux Archives nationales du Québec. Les pierres que j'avais de la difficulté à identifier, je les ai trouvées dans les contrats. Au 19e siècle, les riches anglophones qui se faisaient construire une maison avaient toujours une section très détaillée sur la maçonnerie dans leur contrat."

Dix-huit arrêts supplémentaires
En avril 2001, Robert Ledoux refait l'activité, enrichie de 18 arrêts, dans le cadre d'un autre congrès de géologues. Il reçoit de nouveau l'appui de Henri-Louis Jacob, un spécialiste des carrières au Québec à l'emploi du ministère des Ressources naturelles. Par la suite, la version Internet du circuit pédestre prend forme avec la collaboration de l'étudiant à la maîtrise en géologie Félix-Antoine Comeau.

Robert Ledoux affectionne particulièrement l'ancien palais de justice de Québec, érigé sur la rue Saint-Louis, en raison de sa grande variété de pierres et de sa polychromie. À lui seul, le portique utilise trois pierres: du granit gris, du calcaire et du granit Calédonia. "À l'intérieur, précise-t-il, il y a des marbres assez exceptionnels, dont le marbre rose du Tennessee qui a servi à l'escalier d'honneur en forme de spirale: un chef d'oeuvre."

YVON LAROSE