18 octobre 2001

À CHACUN SA CAROTTE

La motivation aux études prend de multiples visages

Qu'est-ce qui peut bien pousser un étudiant ou une étudiante à s'inscrire à l'université? Poser cette question, toute simple en apparences, c'est inévitablement soulever le voile de la complexité qui cache les multiples visages de la motivation chez la population étudiante.

"Si être motivé dans la vie, c'est d'abord pouvoir trouver un sens à son action, être motivé dans ses études, c'est également d'abord pouvoir leur donner un sens", affirment la psychologue Louise Turgeon et le conseiller en orientation Henri Hamel. Les deux professionnels du Service d'orientation et de consultation psychologique de l'Université se penchent, depuis quelques années, sur les raisons d'étudier et sur les nombreuses significations attribuées aux études.

Sept paysages
Brodant sur le canevas des croyances, des espoirs, des doutes, des habiletés et des compétences, ils en sont arrivés à établir sept grandes catégories de significations à travers le sens, les couleurs particulières que peut prendre l'université pour ceux et celles qui la fréquentent.

Turgeon et Hamel ont d'abord identifié l'université "vide de sens", celle qui correspond à une absence de motivation. "Ces périodes ne sont pas graves en soi; elles peuvent même devenir des moments privilégiés de prise en charge... pourvu qu'elles ne se prolongent pas indûment", indiquent-ils. Puis, celle du "mal nécessaire": "Les raisons de fréquentation sont loin de la personne, loin dans le temps et l'université constitue une espèce de passage obligé sans grande satisfaction immédiate", de constater les deux professionnels.

Ensuite, apparaît parfois dans le décor l'université "norme personnelle", celle des personnes préoccupées avant tout de faire leurs preuves à leurs propres yeux et tirant un certain sentiment d'importance d'être à l'université. "On comprend ici que l'estime de soi est en jeu. Si tout va bien, les personnes concernées vont probablement développer une meilleure confiance en elles. Par contre, si elles vivent des échecs, c'est leur valeur personnelle qui est touchée et les échecs risquent d'être très douloureux", fait remarquer Henri Hamel.

Quand l'horizon commence à se dégager, c'est alors l'université "instrument du futur" qui se profile dans une perspective mieux définie. "Choix et autodétermination sont les deux mots qui font toute la différence entre le "mal nécessaire" et "l'instrument du futur", souligne Louise Turgeon. Les études deviennent un moyen d'atteindre ses objectifs. Ici, c'est déjà beaucoup plus que le seul diplôme."

Nous arrivons dès à présent au beau milieu de cités universitaires plus ensoleillées. Celle, en premier lieu, de l'université "démarche de connaissance", où les étudiants sont mus par le plaisir d'apprendre. Celle, en second lieu, de sa voisine, l'université "occasion de développement", au sein de laquelle on veut repousser ses limites, développer son potentiel, relever des défis. Celle, enfin, de l'université "sensations", avec son côté stimulant, excitant, amusant, qui fait dire: "Je me sens plus vivant, plus vivante quand je viens à l'université; j'aime les rencontres que j'y fais."

Ces différents paysages de cités de la connaissance perçues à travers le prisme de l'expérience personnelle de chaque étudiante et de chaque étudiant, autrement dit ces "catégories de signification", ne sont pas étanches; elles peuvent s'influencer, assurent la psychologue et le conseiller en orientation. On peut même passer de l'une à l'autre au cours de son expérience universitaire, et elles peuvent presque toutes habiter un individu en même temps, révèlent-ils.

Motivation mouvante
Les observations auxquelles les deux professionnels du Service d'orientation et de consultation psychologique ont pu s'adonner dans le milieu recoupent d'ailleurs les données d'autres recherches qui ont porté le même sujet. Selon eux, l'université "instrument du futur" et l'université "mal nécessaire" sont des significations partagées par bon nombre d'étudiants et d'étudiantes qui arrivent à l'université. Graduellement, cependant, avec les années, croissent le plaisir et la satisfaction d'apprendre de nouvelles choses, faisant de plus en plus de place à l'université "démarche de connaissance".

"Nous pensons que pour que l'université soit une expérience satisfaisante, il y a lieu d'élargir les assises de sa motivation tout en sachant bien que l'importance de ces différentes assises va fluctuer sans cesse au cours du séjour à l'université", de conclure Louise Turgeon et Henri Hamel.
Signalons qu'un exposé, intitulé "La motivation scolaire: comment la maintenir", sera donné les mardi 23 et mercredi 24 octobre à 11 h 30, à la salle 3-B, pavillon Charles-De Koninck.

GABRIEL CÔTÉ