15 mars 2001

Ados: un fort "rapport" aux marques

Les marques vestimentaires représentent beaucoup pour les jeunes, en particulier les garçons

Benetton, Gap ou Tommy Hilfiger, les vêtements de marque ont aujourd'hui la cote auprès d'un grand nombre d'adolescents et d'adolescentes et ce, peu importe leur milieu socio-économique. Ce phénomène s'observe davantage chez les garçons et tend à diminuer avec l'âge. Dans ses choix, le jeune subit d'abord l'influence de ses pairs.

Voilà les principales conclusions d'une étude exploratoire récente réalisée par deux professeurs du Département d'économie agroalimentaire et sciences de la consommation de l'Université Laval, Marie J. Lachance et Pierre Beaudoin. Le jeudi 1er mars, les deux chercheurs ont présenté leurs résultats dans le cadre des ateliers de la consommation de l'Office de la protection du consommateur.

"Nous n'avions presque rien trouvé dans la littérature scientifique sur le phénomène de la sensibilisation aux marques de prestige, explique Marie J. Lachance. Nous avions l'impression que ce phénomène prenait des proportions inégalées, notamment à cause de la couverture médiatique de cas de "taxage" rapportés il y a deux ou trois ans. Dans ces situations, des jeunes vont intimider, ou carrément agresser physiquement d'autres jeunes pour qu'ils leur remettent leur casquette ou leur vêtement de marque."

Trois écoles et 1 044 élèves
Au printemps 2000, les chercheurs ont distribué un questionnaire contenant 89 questions à 1 044 élèves inscrits à trois écoles secondaires de la région de Québec. La très grande majorité des répondants était âgée entre 12 et 17 ans. Chacune des écoles représentait un milieu socio-économique différent. Bien que répandu dans tous les milieux, le phénomène de la sensibilité aux marques vestimentaires de prestige s'avère plus grand chez les élèves issus d'un milieu socio-économique faible. "Il y a autant de pression économique, et même plus dans ce milieu pour se procurer une marque de prestige, précise la professeure Lachance. On peut comprendre que cela puisse avoir des incidences sur le budget familial et sur les relations parents-enfants."

L'étude révèle que près d'un jeune sur deux, soit 43 % de l'échantillonnage, affiche une sensibilité aux marques de prestige supérieure à la moyenne du groupe étudié. Les garçons sont plus nombreux que les filles à ce chapitre. Les élèves qui ont un revenu personnel (allocation hebdomadaire et-ou petit travail) plus élevé se révèlent également plus sensibles aux marques en question. Plus le jeune subit l'influence de ses pairs, plus il accorde d'importance aux marques. Le jeune peut ressentir un sentiment de privation s'il n'obtient pas le produit convoité. Plus un jeune est sensible aux marques de prestige, plus il apparaît incompétent comme consommateur en général. Enfin, si une autre marque prend la vedette au bout de quelques mois, les jeunes effectuent sans problème la transition vers celle-ci.

Un outil d'identification
Selon Marie J. Lachance, la marque vestimentaire de prestige semble représenter beaucoup pour les jeunes, comme un moyen supplémentaire de satisfaire leurs besoins d'identification, d'acceptation et d'appartenance à un groupe. Elle ajoute que nous vivons dans une société de consommation et qu'on ne peut demander aux jeunes de s'en exclure. "À moins d'être très autonome, dit-elle, ou aimer se démarquer, un jeune ne va pas choisir une marque autre que celle qui est populaire dans le groupe et qui présente l'image la plus "in"." Cet engouement des jeunes, elle le trouve "préoccupant". "Les parents avec qui nous avons discuté sont unanimes à dénoncer ce phénomène, indique-t-elle, parce que les marques sont chères et parce que les jeunes ne veulent pas porter autre chose."

YVON LAROSE