22 juin 2000

LE COURRIER

FINANCEMENT DES UNIVERSITÉS: LA CADEUL SE DIT SCEPTIQUE
Texte de la lettre envoyée par la CADEUL, au ministre de l'Éducation, le 13 juin
:

Sainte-Foy, le 13 juin 2000

Monsieur François Legault
Ministre d'État à l'Éducation et à la Jeunesse
Édifice Marie-Guyart, 16e étage
1035, rue de la Chevrotière
Québec (Québec) G1R 5A5

Monsieur Legault,

Suite à l'événement du 7 juin dernier à l'édifice Marie-Guyart, vous avez fait savoir aux médias que les motifs qui ont poussé les étudiants que je représente à exprimer leur insatisfaction échappaient à votre compréhension. Je souhaite donc pouvoir vous en faire part ici, afin que vous connaissiez les véritables prémisses qui sous-tendent le scepticisme des étudiants de l'Université Laval envers votre projet de politique de financement des universités, qui englobe les contrats de performance et la formule de financement proprement dite.

D'abord, vous devez savoir que les étudiants tiennent à ce que les fonds publics injectés dans le réseau universitaire soient gérés de façon efficace : les ressources sont limitées, les besoins sont grands et les administrations universitaires doivent être imputables envers la société. C'est d'ailleurs à cette fin qu'a été mise sur pied la Loi 95 ; aussi, nous croyons qu'une bonification de cette loi visant à resserrer le suivi qui en découle aurait suffi pour atteindre ce premier objectif des contrats de performance.

Ensuite, le principe du financement lié nous pose également problème. L'attribution de bonus liés à la performance d'une personne peut s'avérer indiquée dans certains cas, certes. Lorsque le financement de base comble l'ensemble des besoins essentiels d'un établissement, on peut vouloir imposer certaines conditions avant d'offrir un investissement additionnel. Toutefois, les universités québécoises sont depuis longtemps sous-financées : par conséquent, les 600 millions promis au SQJ ne constituent pas un bonus, mais font plutôt partie intégrante des ressources indispensables au fonctionnement basal des universités. C'est pourquoi l'idée d'un financement conditionnel pour ces 600 millions nous semble relever d'un autoritarisme dont les universités suffocantes n'ont nul besoin.

Enfin, les indicateurs de performance sur lesquels reposeront les contrats sont le nerf de la guerre. Vous l'avez dit, ce sont les établissements qui proposeront eux-mêmes ces indicateurs ; toutefois, nous avons suffisamment confiance en nos institutions pour croire que le MEQ aura son mot à dire dans ce choix. Or, parmi ceux qui ont été avancés ne se retrouvent que des paramètres quantitatifs : taux de diplomation, durée moyenne des études, nombre de cours donnés par professeur, rationalisation de l'offre de formation, etc. En plus d'éclipser tout indicateur relatif à la qualité réelle de la formation offerte, ces indicateurs la menacent carrément : en voulant accélérer la diplomation et hâter l'entrée aux cycles supérieurs, en diminuant le temps consacré par les professeurs à l'encadrement d'étudiants, on hypothèque dangereusement la valeur et la qualité des diplômes émis. Est-ce bien là ce qu'on entend par de la performance?

Après analyse du document de travail du MEQ obtenu par la FEUQ en mars dernier et des correspondances, articles et rapports qui l'ont suivi, plusieurs éléments nous amènent à être réticents à l'égard de la vision qui s'inscrit en filigrane du projet de formule de financement. D'entrée de jeu, on sent nettement une volonté ministérielle de valoriser certains champs du savoir au détriment d'autres domaines : notamment, des mesures sont prévues afin d'encourager les inscriptions dans le domaine des TIC alors qu'on veut encourager les universités à rationaliser leur offre de formation. Ce type de pratique, prétendant " répondre aux besoins de la société ", relève plutôt d'une vision à court terme des universités. Comme le mentionnait monsieur Robert Lacroix dans sa lettre ouverte du 31 mai dernier, les technologues ne comblent qu'une partie des besoins des entreprises vouées au TIC, tandis que l'expertise des diplômés de différents secteurs des sciences humaines est vitale à la qualité de ce qui est produit. En outre, les besoins d'une société ne se limitent pas à ceux de ses entreprises de haute technologie : les arts, la culture, les questionnements amenés par son effectif intellectuel sont ce qui donne à une société son identité et son caractère distinct. N'est-ce pas là l'un des besoins prioritaires d'un Québec qui lutte pour son autodétermination?

D'autre part, le financement de la recherche universitaire est voué à être transféré au ministère de la Recherche, de la Science et de la Technologie. De prime abord, cela peut sembler logique ; toutefois, on peut d'ores et déjà prédire que les domaines porteurs (lire appliqués) seront largement favorisés par ce nouveau système. Bien entendu, la recherche fondamentale et humaine ne pourra raisonnablement pas être abolie, mais la part du financement qui lui est accordée risque de s'amenuiser, entraînant un déplorable étiolement de notre richesse intellectuelle. Un dernier point sur lequel je m'attarderai est l'augmentation de la part de financement reliée à la variation de l'effectif étudiant. En encourageant les universités à augmenter le nombre de leurs étudiants, le MEQ ouvre la porte à un dispendieux maraudage entre universités, dont les petits établissements ne pourront que faire les frais. En plus d'y investir inutilement des fonds, les universités québécoises en seront réduites à se faire fortement concurrence entre elles. Alors qu'on prétend vouloir faire un véritable réseau fonctionnel de l'archipel disparate que constituent nos universités, cette concurrence n'est ni plus ni moins qu'une pelletée de sable dans l'engrenage.

Devant rationaliser mon discours, je ne pourrai que mentionner la hausse des frais différentiels, le financement à seulement 80% des coûts de système, la réduction du nombre de catégories de programmes et le système d'information ministériel sur le personnel qui font également partie des allergènes qui nous irritent. Ceci étant dit, nous savons que la politique finale de financement des universtités ne sera pas adoptée avant la fin du mois de juin ; aussi, nous espérons que vous daignerez considérer les craintes que je vous ai exposées dans le dénouement du processus. S'il s'avérait que toutes ces appréhensions ne soient pas fondées, les étudiants seraient les premiers à se réjouir ; néanmoins, la direction vers laquelle semble s'orienter le financement des universités nous laisse présager un avenir sombre pour les institutions qui doivent faire de nous des citoyens accomplis et redevables envers la société. Celle-ci nous aura permis d'acquérir une formation universitaire, certes, mais la qualité de cette formation est atteinte d'un cancer métastatique qu'il faut enrayer sans délai.

Vous remerciant de la considération que vous témoignerez aux étudiants de l'Université Laval, je vous prie d'agréer, Monsieur, mes salutations les plus distinguées.

ANGÈLE GERMAIN
Présidente
CADEUL

DÉCÈS DU PROFESSEUR RÉGIS BOILY
Au CHA Pavillon de l'Enfant-Jésus, le 14 juin 2000, à l'âge de 58 ans, est décédé M. Régis Boily, professeur au Département des sols et de génie agoalimentaire. Régis Boily est né à Hébertville, au Lac Saint-Jean. Après de brillantes études au Séminaire de Chicoutimi, il s'inscrivait au nouveau programme de génie rural de l'Université Laval. Il a complété son baccalauréat en 1969 et sa maîtrise à l'automne 1971. Il a par la suite obtenu son doctorat en ingénierie à l'Université d'État d'Iowa. Il s'est joint au corps professoral du Département de génie rural en 1974 pour y enseigner en machinisme agricole ainsi qu'en énergie, contrôle et instrumentation. Très dévoué pour ses élèves, il passait plus de 20 heures par semaine en classe et au laboratoire. En plus de son enseignement, Régis Boily a également réalisé de nombreux projets de recherche sur des sujets reliés à l'énergie dans les serres et dans les autres domaines du génie rural. Au fil des ans, il est devenu le spécialiste québécois des tensions parasites dans les bâtiments d'élevage. Sa passion pour l'électronique et les ordinateurs est légendaire.

Sa recherche de la perfection et sa grande disponibilité ont fait de lui une personne très appréciée dans le milieu agroalimentaire. Il a contribué à la publication de nombreux rapports et de documents à l'intention des producteurs agricoles. Régis Boily a également toujours été à l'écoute des besoins des pays en voie de développement. En particulier, il a concrétisé des ententes de collaboration avec le Mexique et le Brésil. C'est à l'Université de Campinas au Brésil qu'il a vécu sa dernière année sabbatique et encore au cours des derniers mois, il collaborait à des projets de recherche avec les professeurs d'UNICAMP.

Très généreux envers ses collègues et son université, Régis Boily a dirigé les destinées du Département de 1983 à 1989. Sa contribution à la Fondation de l'Université Laval ne s'est pas limitée à des versements d'argent ; en effet, il a participé à de nombreuses collectes de fonds pour son alma mater. À Béatrice Laforte, son épouse, et à ses enfants, Sylvain, Sandra et Marc-André, nous offrons nos plus sincères condoléances.

LES PROFESSEURS DE GÉNIE AGROALIMENTAIRE


À LA MÉMOIRE DE FERNAND J. PAUZÉ (1923-2000)
Le 13 avril dernier, Monsieur Fernand J. Pauzé, professeur émérite à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation et retraité depuis 1992, nous a quittés. Après des études de baccalauréat ès arts et une licence ès sciences agronomiques, il débuta sa carrière de professeur en 1951 à l'Institut agricole d'Oka où il enseigna un an. Ensuite il travailla 14 ans (1952-1966) dans la fonction publique comme directeur au Laboratoire fédéral de semences de Montréal, lequel devint une référence internationale. Toutefois, sa première et brève expérience dans le monde de l'enseignement se poursuivit pour une période de 25 ans à l'Université Laval où en 1967, il fut nommé titulaire de l'enseignement de l'anatomie et de la morphologie végétales. Une grande majorité d'agronomes et de botanistes formés à l'Université Laval ont eu le privilège de l'avoir comme formateur. Pendant ces années de dur labeur, il a monté son laboratoire de recherche, préparé et dispensé des cours au niveau des trois cycles d'enseignement, dirigé des étudiants gradués et participé à la vie facultaire de notre université, tout particulièrement pendant la période de 1979 à 1983 où il fut vice-doyen à la recherche et aux études supérieures.
Tous se rappellent que le Dr. Pauzé était un travailleur acharné. En 1966, dans une note manuscrite qu'il écrivait au professeur Albert Alarie, à l'époque directeur du Département d'agrobiologie, il préparait sa venue à l'Université Laval et mentionnait à la fin: "Je vous prie d'excuser mon écriture, il est trois heures du matin et mes journées sont plutôt longues entre mon travail au laboratoire des semences, ma thèse de doctorat et ma jeune famille". C'était déjà à cette époque une caractéristique familière du Dr. Pauzé et elle l'a accompagné jusqu'après sa retraite puisqu'il venait régulièrement à son bureau pour y travailler à ses traductions. L'Université McGill lui décerna un doctorat en botanique en 1972 pour ses travaux en embryologie et sur le développement floral. Ceux-ci ont eu un impact très important dans la communauté scientifique puisqu'ils ont contribué de façon exceptionnelle à une meilleure compréhension du développement des organes floraux et de la fécondation.
Comment qualifier le professeur Pauzé sans mentionner sa très grande rigueur scientifique, son goût pour l'écrit irréprochable, son humanisme, son paternalisme attachant et sa franche camaraderie. On respectait beaucoup ce professeur pour sa très grande compétence en botanique et sa vision très éclairée sur différentes problématiques. On le craignait parfois mais pour de fausses raisons car il était très exigeant pour ses étudiants; or sa rigueur et son perfectionnisme furent salutaires et profitables pour tous et chacun d'entre nous. Derrière un professeur qui pouvait au premier abord faire reculer quelques étudiants plus ou moins motivés se profilait un homme totalement dédié à communiquer ses connaissances et sa passion pour l'anatomie et la morphologie végétales. La formation des étudiants était sa toute première priorité, ses intérêts personnels n'étaient jamais à l'ordre du jour. Dans une allocution en 1992 au moment où il prit officiellement sa retraite, le professeur Pauzé dit: " Je crois pouvoir affirmer qu'être associé à l'enseignement et à la recherche universitaires est un très grand privilège ". De plus, il cita le grand philosophe et biologiste de renom, Henry Adams, en ces termes: "Un professeur ne peut jamais dire quel impact aura son influence, ni jusqu'où elle pourra s'étendre". Je peux affirmer maintenant que dans le cas du professeur Pauzé, elle fut majeure et bénéfique.
Cher Monsieur Pauzé, pour toutes ces années de dévouement, mes collègues, vos étudiants, vos collaborateurs et vos amis se joignent à moi pour vous dire très affectueusement "Merci!".

PIERRE MATHIEU CHAREST
Professeur au Département de phythologie


RETOUR D'EUROPE
Ah! la France Je savais ce qui m'y attendait, étant continuellement au fait de ce qui s'y passe (journaux, magazines, revues spécialisées, télévision, ami/es, correspondant/es, aires cybernéennes, multiples voyages antérieurs et quoi encore). Mais j'espérais que la "quotidienneté" contredise un peu ma perception. Or il apparaît assez clairement, et ce dans tous les milieux et dans toutes les sphères de la société, que la France ne croit plus en sa langue, en sa culture, voire en son histoire. Il reste bien ici et là un Jean Dutourd, un Yves Berger ou un Claude Duneton pour tenter de secouer la foule (ou le fou, si on s'amuse de l'anagramme), mais c'est toujours, ou peu s'en faut, pour les voir objets de moqueries et de quolibets par leurs propres compatriotes ­ qui bookmarkent, emaillent et sponsorisent à volonté on Line on Web sur leurs Homepages (italiques rigoureusement superflus...). Raisons sociales, marques de commerce, publicité, affichage, choix musicaux en tous lieux, échanges scientifiques et même ...culturels, toile numérique, langue du commun. Tout, mais absolument tout indique que le pays de Montaigne et de Danton brade son Identité (terme haïssable et maudit, ainsi que l'air de rien le souffle l'air du temps: comme s'il pouvait y avoir un Tu en absence de Je) au nom ...de l'"ouverture" au monde. Son mantra: "N'être plus rien pour être tout à tous". Il y a pourtant des maisons spécialisées pour cela.

L'Humanité troquée pour la Cytoplasmie. Ce grand peuple colonisateur (avec la double valence fort amphibologique du terme) s'autocolonialise sans que quiconque ­ y incluant les États-Unis et moins encore le United Kingdom ­ ne lui réclame quoi que ce soit. La France est agonisante. Et fière de son état. Petit "e". Vive les United Departments of Burgundy...? Et la Switzerland ainsi que la Belgium qui fébrilement s'empressent d'emboîter le pas ­ comme des sociétés qui décideraient d'elles-mêmes, sciemment, en toute conscience, bonne surtout, d'être les vaincues d'on ne sait quel ennemi. Devant pareil spectacle de l'Europe, berceau de notre civilisation, il importe de s'interroger à savoir si l'Homme tout entier n'a pas définitivement jeté la serviette. De la Dignité.

Dès lors, six mois d'Europe pseudo-française, c'en était pour moi assez. C'est clair, le sort de la Francité se joue au Québec: fer de lance ...fût-ce d'une tige de bambou. C'est ici par conséquent qu'il me fallait, revenant comme survenant, doubler le venir. Courir au front, à vision haute et à visière levée. Ne fût-ce d'abord, médecine préliminaire (et n'en déplaise au professeur Wilhelm Schwarz, qui hélas! confond quelques concepts dans son courrier du dernier Fil des Événements que pour ferrailler ferme à en bouter le virus canadian hors de ses chairs déjà par trop rouées.

Mais encore ­ sublime perversion ­ faudrait-il que les Européo-français à demeure sur le sol de Gilles Vigneault, lequel sol "ne tient pas plus de place qu'un brin d'herbe sous l'hiver", cessassent à l'instar de la leur de britanniser derechef notre maison...

Je rechigne et puis signe,

JEAN-LUC GOUIN
Québec

L'HUMANISME RADICAL PREND SON ENVOL
Le Mouvement de l'Humanisme Radical a tenu son premier colloque à l'amphithéâtre Alphonse-Desjardins de l'Université Laval les 2 et 3 juin 2000. Yves St-Arnaud, psychologue reconnu en développement humain de l'Université de Sherbrooke, était le conférencier d'ouverture. Il aborda le thème "Science et auto-développement " devant une centaine de participants. Le colloque visait à sensibiliser le grand public à l'Humanisme radical et à l'urgence de créer une science et des programmes systémiques et systématiques du développement humain. Ce projet ambitieux semble avoir emporté l'adhésion des personnes présentes dont certaines étaient venues d'aussi loin que Sudbury et Ottawa, bien que le colloque se voulait régional.

Les interventions positives des participants lors des périodes de questions ont confirmé les responsables du Mouvement de l'Humanisme radical dans leurs grandes orientations. Le sous-développement des êtres humains est apparu comme la cause majeure de l'état inquiétant de l'Homme et de la planète. L'humanisation des êtres humains devient alors l'enjeux principal auquel fait actuellement face l'humanité. Le Mouvement de l'Humanisme radical entend organiser annuellement de tels colloques afin de permettre au grand public de débattre les grands thèmes de ce nouveau mouvement social.

GASTON MARCOTTE
Professeur au Département d'éducation physique