27 avril 2000

Le gène de l'ataxie de Charlevoix-Saguenay identifié


Jean-Pierre Bouchard et un groupe international de chercheurs identifient le gène responsable d'une maladie génétique courante dans les régions de Charlevoix et du Saguenay

 

Il aura fallu 25 années de patience et de travail acharné mais Jean-Pierre Bouchard vient d'atteindre une étape importante dans sa lutte contre l'ataxie spastique récessive de Charlevoix-Saguenay. Avec l'aide de chercheurs québécois, américains et suédois, le professeur de la Faculté de médecine vient de localiser le gène responsable de cette maladie. La découverte fait l'objet d'une publication dans un récent numéro de Nature Genetics.

 
   Photo Joël Émond

Cette percée est le fruit d'un laborieux travail de décryptage du génome de 17 familles élargies incluant 24 personnes atteintes par cette forme d'ataxie. Les chercheurs savaient depuis près de deux ans que le gène défectueux se trouvait sur le 13e chromo mais il leur a fallu encore de nombreux mois de travail pour arriver à le localiser avec précision.

"Le gène muté qui cause la maladie n'était pas connu chez l'humain, signale Jean-Pierre Bouchard. On connaissait son existence chez la souris et il semble s'être très bien conservé entre la souris et l'homme. Il n'est formé que d'une seule séquence codante (exon), comprenant 12 794 paires de base. C'est le plus gros exon connu chez les vertébrés."

Ce gène synthétise une protéine, la sacsine, nommée à partir de la contraction du nom anglais de la maladie, SACS (Spastic Ataxia of Charlevoix-Saguenay). La sacsine possède des caractéristiques particulières qui portent à croire qu'elle interviendrait dans le pliage des protéines, une opération qui détermine leur configuration tridimensionnelle. Les deux mutations identifiées jusqu'à présent dans ce gène produisent des protéines tronquées non fonctionnelles. On ignore si c'est la protéine elle-même ou son impact sur d'autres protéines qui cause la maladie, signale le chercheur.

25 ans de recherche
Les premiers cas d'ataxie spastique de Charlevoix-Saguenay ont été diagnostiqués au milieu des années 1970 alors qu'un groupe de chercheurs québécois, dont faisait partie Jean-Pierre Bouchard, avait entrepris des travaux à travers tout le Québec sur l'ataxie de Friedreich. "Certaines personnes manifestaient des symptômes d'ataxie différents de ceux de l'ataxie de Friedreich, se souvient le chercheur. Elles avaient toutes consulté des médecins qui n'arrivaient pas à formuler un diagnostic précis sur leur cas et, fait curieux, elles étaient toutes originaires de Charlevoix ou du Saguenay." Cette forme d'ataxie provoque, dès la petite enfance, des problèmes de coordination. Les premiers pas d'un enfant atteint sont caractérisés par une raideur et ses problèmes de démarche s'accentuent avec l'âge. Il n'est pas rare que les victimes de cette maladie soient confinés à une chaise roulante dès le début de la quarantaine. L'atrophie des mains et des pieds qui survient vers la fin de la vingtaine constitue également un symptôme diagnostic.

L'ataxie de Charlevoix-Saguenay ne s'exprime que chez les personnes qui possèdent deux copies défectueuses du gène. Dans cette grande région, environ 1 personne sur 1 000 est atteinte et 1 personne sur 22 est porteuse. Les porteurs, ceux qui n'ont qu'une copie du gène défectueux, n'éprouvent aucun symptôme. Deux parents porteurs du gène courent une chance sur quatre de donner naissance à un enfant atteint. "Jusqu'à maintenant, il était difficile de faire du counseling génétique parce que nous n'avions pas de test pour identifier le gène, explique Jean-Pierre Bouchard. Nous espérons maintenant trouver des fonds pour mettre en place un laboratoire diagnostic."

L'objectif final des travaux entrepris il y a 25 ans, rappelle le chercheur, est de trouver un remède ou une thérapie pour aider les personnes qui souffrent d'ataxie. Pour l'instant, les chercheurs tentent de comprendre la fonction du gène. Lorsqu'ils auront trouvé, ils espèrent produire des médicaments pour pallier l'action de la protéine défectueuse ou encore recourir à la thérapie génique. L'échéancier de ces travaux? "J'en ai un mais il est lié à mon âge, réalise Jean-Pierre Bouchard. Il ne me reste pas plus de 10 ans pour arriver à mettre en place les structures pour éviter de nouveaux cas de la maladie et pour trouver des moyens de soigner les nouveaux cas qui surviendront. J'aurai alors franchi toutes les étapes depuis l'identification d'une maladie jusqu'à son traitement. C'est mon objectif comme chercheur avant de partir à la retraite."

JEAN HAMANN