30 octobre 1997


Les conflits,
ce n'est pas chinois

Dans les relations humaines, le conflit n'est pas nécessairement synonyme d'échec.
Il peut être matière à succès.

Dans l'esprit de certaines personnes, le mot "conflit" génère l'image d'une lutte à finir entre deux ou plusieurs personnes tandis que pour d'autres, le même mot peut avoir une connotation positive, représentant l'idée d'une chance à saisir pour le mieux-être individuel ou collectif. En chinois, l'idéogramme illustrant l'idée de conflit est d'ailleurs identique à celui qui exprime l'idée d'opportunité.

C'est ce qu'a révélé l'avocate et psychologue Marie-France Chabot, lors d'une conférence portant sur les aspects psychologiques des conflits. Visant à sensibiliser les étudiants de droit aux modes non judiciaires de règlement de conflits, l'événement était organisé conjointement par la Faculté de droit, le Barreau de Québec et le Centre d'arbitrage commercial, national et international du Québec. Mais ce qui aurait pu être un banal exposé pédagogique portant sur des aspects essentiellement juridiques s'est avéré une commmunication très intéressante, la conférencière ayant appliqué la question du conflit aux sphères de la vie quotidienne.

"Il semble difficile de vivre en société sans jamais entrer en conflit, tout simplement parce que les humains agissent et pensent différemment, a souligné Marie-France Chabot, responsable de formation pratique à la Faculté de droit. Dans la gestion des conflits, tout est une question de perception. Ainsi, la perception qu'on a d'une personne ou d'une situation colore en quelque sorte notre vision des choses; l'émotion ressentie, elle, aura une influence sur la température du conflit. Cela peut monter très haut ou se calmer. Finalement, tous les conflits révèlent la présence de problèmes mais tous les problèmes ne dégénèrent pas en conflit."

Chicanes de ménages
Face au conflit, la personne ajuste donc ses "lunettes de subjectivité" - la subjectivité étant indissociable de l'être humain - et aborde le problème de son point de vue, évidemment. Par exemple, l'acheteur d'une maison où a été détecté un vice caché chaussera "ses lunettes d'acheteur" et aura intérêt à ce qu'on trouve le défaut en question. De son côté, le vendeur n'aura peut-être pas les mêmes priorités... De même, une personne qui se méfie d'une autre percevra les gestes de cette dernière comme des menaces ou comme une preuve qu'elle avait raison de se méfier. Encore et toujours, la réalité de l'un n'est pas forcément la réalité de l'autre. "Il faut consentir à voir les choses sous un autre angle et accepter le point de vue des autres, conseille Marie-France Chabot. Dans tous les cas, il est important de comprendre l'impact des perceptions sur la vision des choses."

Aux futurs juristes, la conférencière a rappelé qu'il n'y avait pas que le recours aux tribunaux pour régler les conflits; d'autres options comme la négociation, la médiation et l'arbitrage constituaient aussi des avenues à explorer. Dans le cas d'un homme et d'une femme en phase de séparation qui s'engagent dans un processus judiciaire, le juge va d'abord chercher à savoir lequel des deux partenaires a tort ou a raison. En revanche, les ex-conjoints qui empruntent la voie de la médiation vont tenter de trouver une solution sur mesure adaptée à leurs besoins et ce, dans un esprit de consensus: "En médiation, le sujet a du pouvoir, au tribunal, il est un acteur."

Dans l'exercice de ses fonctions, le médiateur doit constamment avoir à l'esprit que les personnes en conflit souhaitent sortir la tête haute de leur expérience, d'où l'importance de les aider à sauver la face. Comme l'a si bien conclu Marie-France Chabot, "on peut changer de pays, mais pas de face".

RENÉE LAROCHELLE