29 février 1996

Carpe diem

Vous en avez assez des bars salons virtuels sur Internet? Un café littéraire et philosophique ouvre ses portes le 9 mars au Pub du pavillon Alphonse-Desjardins. Bienvenue à ceux et celles qui veulent changer le monde!

Il fut une époque - pas si lointaine - où l'avenir du monde se réglait dans les cafés. Entre deux gorgées d'expresso ou de bière, hommes et femmes se laissaient aller au plaisir de la discussion, partageant malaises existentiels et cigarettes, tirant les fils de la conversation au gré de leurs préoccupations et de leurs intérêts. Convaincus que le choc des idées avait son mot à dire quant à l'avancement de l'humanité, ils parlaient et rêvaient, et le verbe se faisait - littéralement - chair.

C'est dans cette optique que deux étudiants à la maîtrise en communication publique, Moussa Sarr et Denise Bérubé, ont conçu le projet de créer un café littéraire et philosophique à l'Université Laval. Les rencontres auront lieu tous les samedis après-midi, de 15 h à 19 h, au restaurant-bar Le Pub du pavillon Alphonse-Desjardins, et ce, à partir du 9 mars, jusqu'à la fin du trimestre.

«Nous souhaitons que ce café soit un espace de rencontre et un lieu d'apprentissage qui se situe au-dessus des départements et des facultés», souligne Moussa Sarr. Sa collaboratrice, Denise Bérubé, estime pour sa part qu'il n'existe pas vraiment de lieu pour échanger sur le campus: «En ce sens, la tenue de cette activité vient combler un vide.» Si ces beaux parleurs - et grands faiseurs - ont choisi de nommer leur café Carpe diem , c'est qu'ils demeurent convaincus que la traduction de cette expression, «saisir le jour», équivaut à «cueillir la connaissance» pouvant résulter d'échanges fructueux entre les personnes. «Dans le film La société des poètes disparus, les jeunes fuient en quelque sorte l'institution pour se réfugier dans un lieu où ils pourront créer et se recréer, explique Moussa Sarr. Dans cet ordre d'idée, Carpe diem constitue un cri de ralliement, un appel au dépassement.»

Un espace ouvert
Bien qu'elle se veuille souple, la formule-type de ce café répond à un plan précis: chaque semaine, un invité, choisi par les membres de la communauté universitaire ou de l'extérieur, introduit un thème relié à la littérature ou à la philosophie, pendant une quinzaine de minutes. Une fois le débat lancé, les participants au café ont tout le loisir de discuter et d'approfondir la question, avant que la personne-ressource revienne conclure. Parmi les thèmes traités figurent le temps et la modernité, l'interculturalité, les médias et la société, la différence, etc.

«Aucun sujet n'est interdit; c'est un espace ouvert et rien ne pourra le fermer», lance Moussa Sarr, qui a eu la piqûre des cafés et de leur ambiance, alors qu'il étudiait à Paris, à la fin des années 1980. Pour ce Sénégalais d'origine, il n'existe pas d'engouement pour l'interaction sociale à l'Université, à part évidemment les réunions sociales où la bière coule à flots: «Si ''le savoir du monde passe par ici'', comme le stipule la campagne publicitaire de l'Université Laval, il serait tout à fait bénéfique qu'elle déborde du cadre professeurs-étudiants.»
RENÉE LAROCHELLE

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