11 avril 1996


Des chercheurs de plus en plus «responsables»

Au cours des prochaines années, la responsabilité sociale des chercheurs scientifiques prendra de plus en plus d'importance. À l'instar du peintre Pablo Picasso qui disait «Je ne cherche pas, je trouve», les chercheurs ne pourront plus se contenter de chercher, mais devront rendre des comptes à la société qui supporte financièrement leurs projets. Ils feront face à plusieurs obligations nouvelles, dont celles d'être à l'écoute de la population et de faire connaître leurs travaux dans un langage clair et accessible.

Tel est l'un des constats qu'a livrés Germain Godbout, directeur général de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS), au cours d'une conférence organisée le 4 avril par l'Union des gradués inscrits à Laval (UGIL) sur le thème des enjeux et des perspectives de la recherche universitaire. «Le modèle même de la recherche et du développement change, a soutenu le conférencier. Les frontières entre les différents domaines de recherche disparaissent; par exemple, les physiciens font parfois de la chimie, de la sociologie. Nous assistons à l'émergence de la multidisciplinarité; conséquemment, la recherche va s'effectuer de plus en plus en équipe et les chercheurs devront posséder une culture scientifique de plus en plus étendue.»

Des chercheurs à valoriser
Selon Germain Godbout, il existe de grands problèmes mondiaux - comme le sida ou la dégradation de l'environnement - qu'une seule et même équipe de recherche ne peut régler, d'où la nécessité de créer des réseaux de chercheurs à l'échelle du globe. Cette situation exigera des chercheurs qu'ils développent des compétences en travail d'équipe et en gestion des équipes de recherche.

Si on se fie au fait que l'un des indices de la productivité en recherche concerne le nombre de publications, la communauté scientifique québécoise est très structurée et très productrice, produisant 1% des publications scientifiques internationales, a souligné Germain Godbout. «Comparativement aux artistes ou aux hommes d'affaires, notre société ne met cependant pas ses chercheurs en évidence. Certes, nous leur décernons des prix, mais il n'existe pas de reconnaissance sociale comme en France, par exemple, où les chercheurs ont la possibilité de gravir des échelons.»

Parmi les conseils qu'il prodigue à ceux et celles qui se destinent à la recherche universitaire, Germain Godbout place en premier lieu la nécessité d'élargir sa culture scientifique et de développer des habiletés de gestion en communication, toujours dans cette optique de responsabilité sociale du chercheur envers la société. En conclusion, il encourage fortement les futurs chercheurs à créer leurs propres réseaux de contacts et surtout, à s'ouvrir sur le monde en effectuant des stages à l'étranger.
RENÉE LAROCHELLE