25 janvier 1996


À LA GALERIE DES ARTS VISUELS

Les très riches heurs de Marcel Jean

Du bronze et du bois. Un sentier lumineux. Le sculpteur propose. Le promeneur dispose.


Jusqu'au 4 février, à la Galerie des arts visuels, Marcel Jean expose des sculptures dont le sens est à découvrir. Le visiteur qui pénètre dans la salle où il expose ses sculptures aura l'impression de sillonner une forêt lumineuse. Il sera traversé d'une étrange sensation de bien-être, de liberté et d'espace. En effet, les oeuvres exposées par cet artiste sont toutes faites de bois et de bronze, le bronze imitant en quelque sorte le bois. Lorsqu'on demande à ce professeur à l'École des arts visuels de dire ce que représentent ses sculptures, il répond tout bonnement qu'il est impossible pour lui d'expliquer ses oeuvres.

Pour cet artiste, l'art ne fonctionne pas sur le mode représentatif. «Souvent dans l'art, les artistes accordent trop de sens à l'objet créé; ils sont axés sur le "vouloir dire" et l'explicite, laissant ainsi de côté la poésie dégagée par leur création». Marcel Jean trouve plutôt ses sources dans la réalité concrète, tel un morceau de bois, mais la façonne toujours dans l'espoir d'aller au-delà et à travers l'objet. De cette manière, ses créations ne suggèrent aucune représentation mais donnent des ouvertures à l'imagination. Parce qu'il estime que l'oeuvre en tant que telle est réelle par elle-même, on ne reconnaît pas d'entités concrètes dans ce qu'il crée. Marcel Jean souhaite que chacune de ses productions parle d'elle-même et attire forcément le regard de l'observateur. «Chaque objet doit assumer sa réalité et développer sa propre aura. Suite à cela, mon second défi sera de faire ressortir la lumière de mes oeuvres par le simple jeu des couleurs.»

Au-delà du temps

Marcel Jean tire son inspiration du grand peintre Paul Klee, qui l'a dirigé vers un style abstrait et a été pour lui une grande révélation. Les heurs, titre de son exposition, est la preuve la plus éloquente de l'abstraction de son art. Lorsque prononcé, on pense immédiatement au sens commun du terme, soit le temps. Mais pour Marcel Jean Les heurs se réfèrent plutôt aux bons heurs et aux mauvais heurs, ce qui pour lui, démontre bien que «le son ne donne pas tout le sens possible sans le visuel».
Pour Marcel Jean, l'art est une aventure intellectuelle et une méditation. «C'est une genre de drogue, elle nous possède au point de nous éveiller la nuit. L'art nous propulse sans cesse vers l'avant, ce qui fait qu'une oeuvre est continuelle; le fait de prétendre qu'elle est achevée c'est d'accepter qu'elle ne nous concerne plus». C'est bien ce qui angoisse l'artiste; exposer avec l'impression que la pièce pourrait être retravaillée encore et encore. «Mais il faut tout de même savoir s'arrêter à quelque part!», lance ce grand perfectionniste.

Comme le dit si bien Marcel Jean, «Les oeuvres sont les traces que laisse un artiste et l'art n'a pas de sens si les autres ne sont pas concernés». C'est donc pour cette raison que l'artiste présente le fruit de son travail à la Galerie des arts visuels située à l'Édifice de la Fabrique, au centre-ville,jusqu'au 4 février. Les heures d'ouvertures sont, du mercredi au vendredi, de 9 h 30 à 16 h, et les samedis et dimanches, de 13 h à 16 h. Pour informations:656-7631.
GUYLAINE CHAREST
Stagiaire

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