25 janvier 1996

Des camions et des puces

L'industrie du camionnage s'engage dans le virage des technologies de l'information. Le projet Octopus veut l'aider à éviter les dérapages.


Depuis une semaine, le répartiteur de camions de la compagnie Thibodeau Saguelac Marcan Transport inc. surveille, sur l'écran de son ordinateur, un petit point rouge qui se déplace sur une carte du nord-est de l'Amérique du Nord. Ce petit point donne, en tout temps, grâce à un satellite de positionnement et aux télécommunications cellulaires, la localisation exacte, la vitesse et une foule d'autres données sur l'un des camions de sa flotte qui trimbale à son bord un micoordinateur spécial, un «transpordinateur», conçu par l'équipe du projet Octopus de l'Université Laval. Si jamais une demande de transport inattendue survenait sur le chemin de retour, le répartiteur pourrait aussitôt transmettre, via modem cellulaire, de nouvelles directives au conducteur qui rentabiliserait au maximum son temps et ses déplacements, plutôt que de rouler à vide.

Cinq années de recherche et développement séparent ce premier essai routier du transpordinateur et la naissance d'Octopus, «un projet multidisciplinaire dont les objectifs sont de développer des outils informatiques destinés à rendre l'industrie du camionnage plus sécuritaire et également plus compétitive», explique Gérard Simian, professeur au Département d'informatique et co-responsable du projet avec Jean-Baptiste Sérodes du Département de génie civil. Une commande de taille puisque, au Québec, près de la moitié de toutes ces entreprises n'ont recours à aucune forme d'informatisation de leurs activités.

Des camions sur l'autoroute de l'information

Au Québec, l'industrie du camionnage donne de l'emploi à 30 000 personnes réparties dans 10 000 entreprises. La flotte québécoise se compose de près de 100 000 camions et tracteurs routiers qui sillonnent les routes du Québec, du Canada et, de plus en plus depuis l'avènement de l'ALENA, de l'Amérique du Nord.

L'équipe d'Octopus nourrit de grandes ambitions pour cette industrie. «Les huit volets du projet Octopus (d'où il tire d'ailleurs son nom) s'intéressent aux activités touchant la dimension sécurité du camion, les tâches du conducteur et la gestion des opérations dans l'entreprise, explique Gérard Simian. Ainsi, le transpordinateur sert d'aide à la planification des activités du chauffeur, à la conduite, à la ronde d'inspection de sécurité du camion, à l'enregistrement des données de conduite ainsi qu'au système de positionnement. D'autre part, certaines applications concernent l'aide à la gestion des commandes et des factures, la gestion de la flotte et la répartition des camions.»

Au Québec, certaines entreprises n'ont pas attendu Octopus pour commencer l'informatisation de leurs activités et l'une d'entre elles a même équipé ses camions de système de positionnement, souligne la coordonnatrice du projet Octopus, Célia Anchieta. «En général, l'informatisation se fait cependant à la pièce et les entreprises connaissent des problèmes d'interface entre les différents logiciels. Ces difficultés font qu'elles ont peu de retour sur leur investissement ce qui pourrait les amener à conlure que l'informatisation, ça ne marche pas, craint-elle. Octopus veut prévenir ces difficultés en offrant une vision globale de l'informatisation d'une entreprise de transport. Nous développons chacune des applications en ayant le souci de répondre à un problème particulier des entreprises mais aussi en nous assurant qu'elle peut facilement interfacer avec les autres composantes du système. C'est là le grand avantage qu'offre Octopus par rapport aux autres approches.»

Sur la route

Le projet Octopus a démarré en 1990 grâce à une subvention du Programme d'action concertée du FCAR versée à un groupe de chercheurs de l'Université (GRIMES) travaillant dans le domaine de la sécurité routière. Depuis, le projet a reçu l'appui du ministère de l'Industrie, du Commerce de la Science et de la Technologie, de Transports Québec, de la Société de l'assurance automobile, de Bell Mobilité et de ESRI Canada. Comlab, Tachographes G.L. Québec et Tetra Technologie participent au développement du transpordinateur et à la mise en place de moyens de télécommunication et de repérage des camions par satellite. Enfin, l'équipe d'Octopus, composée d'une quinzaine de personnes, dont un groupe de l'UQAR, bénéficie de la participation de quatre entreprises de transport, Hervé Matte et fils, Transport Cabano, Transport Guilbault et Thibodeau Saguelac Marcan Transport.

D'ici quelques mois, une vingtaine de camions de ces entreprises auront un transpordinateur à leur bord. Et c'est là que, véritablement, on saura si la route d'Octopus et celle de l'industrie québécoise du camionnage convergeront pour de bon.
JEAN HAMANN

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