25 janvier 1996

DIPLÔMÉS

Le levain de la vie

Après avoir mangé son pain noir, Pierre Morin s'est sorti du pétrin.


À l'heure où les bonnes gens, bien au chaud dans le calme de leurs chaumières, dorment sur leurs deux oreilles, Pierre Morin, lui, fait du pain. Après avoir pétri une pâte constituée de farine, d'eau et de sel, il attend patiemment que le mélange lève avant de l'enfourner, en espérant que le produit final sera beau et bon. Quand les premiers clients arrivent à sa boulangerie, vers les huit heures, et que l'odeur du pain chatouille délicieusement les narines, Pierre Morin est heureux. «Le pain, c'est la vie», dit-il simplement, de l'air d'un homme qui a trouvé sa voie.

Pourtant, tout n'a pas été facile pour cet entrepreneur qui a obtenu un baccalauréat en administration des affaires de l'Université Laval en 1993. «Je me suis vite aperçu que les emplois ne poussaient pas dans les arbres, alors j'ai foncé, résume-t-il. Au début de 1995, mon associé et moi avons longuement réfléchi sur ce ce que nous avions vraiment le goût de faire. L'idée de fonder une boulangerie l'a emporté sur toutes les autres. Parallèlement, nous sentions souffler un vent favorable quant aux possibilités de succès concernant ce type de commerce car les gens sont de plus en plus exigeants quant à la qualité du pain qu'ils achètent.»

L'ami du pain

Résultat: le 13 octobre dernier, Pierre Morin procédait à l'ouverture de La Boul'Miche, une micro-boulangerie ayant pignon sur rue au 1487 Chemin Sainte-Foy, à Québec. Au menu, une variété impressionnante de pains, dont la seule évocation titille les papilles gustatives: pain aux oignons, aux carottes, au fromage, au chocolat, nature ou au blé, pour ne nommer que ceux-là. «Notre mission consiste d'abord et avant tout à produire du pain de qualité fait avec des ingrédients sains», assure Pierre Morin, qui utilise exclusivement de la farine biologique dans ses recettes. Et bien que ses nuits soient blanches comme la mie, il affirme être entièrement payé de ses peines quand un client - et même des pairs - vantent l'excellence de son pain, le meilleur en ville, paraît-il. «Tant mieux si je mets du soleil dans la vie des gens...»

Avant de fonder son entreprise, ce sympathique quadragénaire a effectué mille métiers pour gagner sa vie, dont celui de fonctionnaire au ministère des Affaires sociales, au début des années 1970, poste qu'il a vite quitté pour celui d'administrateur pour le compte d'un maison hébergeant des personnes handicapées. En 1981, il se lance dans la production de tomates de culture biologique, une aventure qui durera dix ans. Idéaliste - et entrepreneur - dans l'âme, l'homme décide de venir étudier en sciences de l'administration à l'Université Laval, ayant pour son dire qu'«en affaires, ce qui manque, ce sont des gens qui connaissent le marketing».

Le prix de l'excellence

Avant d'ouvrir sa propre boulangerie, Pierre Morin a toutefois ramé dur, voguant de projet en projet sans qu'aucun ne se concrétise, vivant même de l'aide sociale pendant quelques mois. En compagnie de celui qui deviendra son associé, il bâtit et présente un solide plan d'affaires qui a l'heur de séduire ceux et celles qui détiennent les cordons de la banque, avec le résultat que l'on sait. S'il admet que son commerce n'est pas tout à fait rentable actuellement, ce fier boulanger a pourtant confiance, sachant que l'excellence paie toujours en retour.
«Avant de se lancer en affaires, il faut d'abord savoir ce qu'on veut et y aller progressivement, lance Pierre Morin à l'intention des jeunes qui souhaitent se lancer en affaires. Évidemment, cela implique une certaine connaissance de soi. Mais si on est possède une bonne formation dans le domaine et des qualités d'entrepreneurship, tout devient possible.»
RENÉE LAROCHELLE

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