30 mars 1995

Édith Madore: le plaisir de lire

Édith Madore se souvient encore du premier livre qu'elle a lu, à l'âge de 7 ans. C'était un livre de contes de Marius Barbeau, intitulé «Il était une fois». Émerveillée par cette première expérience de lecture, la fillette plonge à pieds joints dans la série des «Fantomas», parcourt d'un bout à l'autre la collection de la Bibliothèque Rose, puis Verte, avant de se lancer à corps perdu dans les Bob Morane et les Sylvie. En 1988, l'enfant qui aimait lire effectue une maîtrise en littérature québécoise portant sur les scénarios de Réjean Ducharme. Attirée par la réputation du Centre de recherche en littérature québécoise (CRELIQ), la chercheuse entreprend une thèse de doctorat traitant de «La constitution de la littérature pour la jeunesse de 1920 à 1990», revenant ainsi à ses anciennes amours. Dans cette étude réalisée sous la direction de Denis Saint- Jacques et la codirection d'Aurélien Boivin, du Département des littératures, Édith Madore explore le champ littéraire pour la jeunesse au Québec. «Avant 1970, on entend peu parler de littérature jeunesse au Québec. En fait, il n'existe que cinq ou six titres, à cette époque. À la fin des années 1970, on assiste à une mobilisation du milieu pour permettre la survie de la littérature destinée aux jeunes. Depuis 1980, les maisons d'édition sont de plus en plus nombreuses à éditer seulement pour la jeunesse et à avoir un secteur jeunesse.» Réfutant l'idée selon laquelle les jeunes ne lisent pas, Édith Madore affirme qu'une récente enquête menée par le ministère de l'Éducation démontre que, non seulement les jeunes de 10 à 12 ans s'intéressent à la lecture, mais encore qu'ils lisent plus que leurs parents. De plus, 98% des jeunes considèrent que «c'est important la lecture pour réussir à l'école». Une grande majorité de ces jeunes lisent des auteurs québécois: Christyne Brouillet, Denis Côté, Raymond Plante, Francine Pelletier, Dominique Demers. «Depuis 1980, on assiste à un intérêt grandissant pour le «roman miroir» qui aborde des thèmes touchant de près à la vie des jeunes: la sexualité, les premières amours, les familles éclatées, l'environnement, etc. » S'il y a un conseil qu'Édith Madore peut donner aux parents pour que leurs enfants lisent, c'est bien de les laisser lire! «Lorsqu'un jeune découvre le plaisir de lire, il va être intéressé à aller vers d'autres oeuvres afin de revivre cette sensation agréable. C'est le moment de le guider dans ses choix de lectures et de lui faire découvrir ses champs d'intérêt. L'important est de diversifier ses choix en lui présentant des auteurs et des genres différents.» Votre enfant ne jure que par les contes de Walt Disney alors que vous rêvez de lui faire découvrir les récits imaginaires de Gilles Vigneault ou les grands auteurs russes, version jeunesse? «Laissez-le assouvir sa passion mais présentez-lui autre chose, suggère Édith Madore. En fait, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise littérature. Et lire de la bande dessinée, c'est encore lire.»

RENÉE LAROCHELLE

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